Panturquisme et politique étrangère turque en Asie centrale : Entre idéologie, pragmatisme et rivalités géopolitiques
- Alp Turgut
- 30 nov. 2025
- 22 min de lecture
Dernière mise à jour : 12 déc. 2025
Résumé
Cette note analyse la manière dont la Turquie mobilise le panturquisme, entendu comme un ensemble de références culturelles, linguistiques et historiques, dans sa politique envers l’Asie centrale depuis 1991. Elle montre que si la décennie post-soviétique est marquée par une « euphorie turcique » fondée sur un imaginaire d’unité du monde turc, les limites politiques, économiques et diplomatiques rencontrées par Ankara conduisent rapidement à une « conversion au réalisme ». À partir des années 2000, l’action turque repose moins sur un projet idéologique que sur l’instrumentalisation pragmatique de réseaux éducatifs, religieux et culturels (TİKA, Diyanet, universités bilatérales, écoles gülenistes puis Fondation Maarif).
Depuis les années 2010, l’approfondissement des coopérations énergétiques, logistiques et sécuritaires, l’essor du « Middle Corridor », la victoire azerbaïdjanaise au Karabagh et la transformation du Conseil turcique en Organisation des États turciques renforcent la présence d’Ankara dans la région. Toutefois, l’influence turque demeure encadrée par la stratégie multivectorielle des États centrasiatiques et par les contradictions internes de la diplomatie turque, notamment vis-à-vis de la Chine et de la question ouïghoure.
Dans un contexte international marqué par la guerre en Ukraine et les crises régionales (Gaza, Afghanistan), la Turquie cherche à se positionner comme puissance eurasienne intermédiaire. Mais si son rôle s’affirme, elle reste perçue comme un partenaire complémentaire plutôt qu’un garant sécuritaire, révélant les limites persistantes du panturquisme comme projet structurant.
Abstract (English)
This report examines how Turkey has used pan-Turkism, understood as a set of cultural, linguistic, and historical references, in shaping its policy toward Central Asia since 1991. It argues that while the post-Soviet decade was marked by a moment of “Turkic euphoria,” driven by the imagined unity of the Turkic world, Ankara rapidly shifted toward a more pragmatic approach in response to political and economic constraints. From the 2000s onward, Turkey’s influence relied less on ideological continuity and more on strategic use of educational, religious, and cultural instruments (TİKA, the Diyanet, bilateral universities, Gülen schools and later the Maarif Foundation).
Since the 2010s, Turkey has deepened economic and logistical ties through energy corridors, the rise of the Middle Corridor, and enhanced security cooperation. The Azerbaijani victory in Karabakh and the transformation of the Turkic Council into the Organization of Turkic States have further consolidated Ankara’s profile. Yet Turkish influence remains shaped by the multivector strategies of Central Asian states and by Turkey’s own diplomatic contradictions, particularly regarding China and the Uyghur question.
In a geopolitical context defined by the war in Ukraine and regional crises (Gaza, Afghanistan), Turkey seeks to position itself as a mid-level Eurasian power. Although its visibility has increased, it is still viewed as a complementary rather than primary security provider, underscoring the enduring limits of pan-Turkism as a structuring political project.
Introduction
L’invasion russe de l’Ukraine en février 2022 a remis en lumière les dynamiques géopolitiques de l’Eurasie post-soviétique, en réactivant des incertitudes anciennes quant à la stabilité de cette région et au rôle des puissances extérieures qui y sont engagées. Dans ce contexte, la Turquie s’est imposée comme un acteur diplomatique attentif, soucieux de préserver ses intérêts entre coopération et prudence à l’égard de Moscou. Elle a parallèlement intensifié ses initiatives en direction de l’Asie centrale, un espace qu’Ankara considère de longue date comme porteur d’affinités historiques, linguistiques et culturelles. Cette réactivation ne constitue pas tant une réorientation radicale qu’un ajustement progressif d’une politique entamée au moment des indépendances centrasiatiques en 1991, période durant laquelle les dirigeants turcs nourrissaient de fortes attentes quant à une possible convergence avec ces « républiques turcophones ».
Toutefois, ces attentes initiales ont rapidement buté sur les réalités politiques et économiques de la région, obligeant Ankara à une « conversion au réalisme ». Depuis, le panturquisme (idéologie visant à promouvoir l’unité culturelle et politique des peuples turcs) n’a plus constitué un projet d’unification, mais plutôt un référentiel discursif mobilisé selon les conjonctures. L’idée d’une « aire turque » s’étendant jusqu’au Xinjiang a davantage servi de cadre de représentation que de fondement d’action homogène[1]. Sous les gouvernements de l’AKP (Parti de la justice et du développement), cette référence identitaire a néanmoins connu un regain, sous des formes institutionnalisées, notamment avec la création du Conseil turcique en 2009 puis de l’Organisation des États turciques (OET) en 2021.
Malgré les conjonctures positives, la Turquie se heurte à des limites structurelles : la présence consolidée de la Chine, la stratégie multivectorielle des régimes centrasiatiques, les ambiguïtés liées à la question ouïghoure et, au sein même d’Ankara, l’utilisation du panturquisme comme instrument de politique intérieure.
Dans cette perspective, se pose une question centrale : comment la Turquie mobilise-t-elle aujourd’hui le panturquisme, ou plus largement la référence à une identité turcique, dans sa politique en Asie centrale, et dans quelle mesure cet usage s’articule-t-il à des logiques pragmatiques de puissance dans un environnement marqué par la concurrence russo-chinoise ?
Pour y répondre, il importe de retracer d’abord les fondements idéologiques, culturels et diplomatiques de la présence turque dans la région depuis 1991 (I). Il conviendra ensuite d’analyser la manière dont Ankara a bâti, depuis les années 2010, un ensemble de coopérations, d’infrastructures et de dispositifs qui témoignent d’une insertion plus effective en Asie centrale, en tenant compte des évolutions récentes (II). Enfin, une dernière partie examinera les limites, contradictions et perspectives de cette politique, en intégrant les perceptions centrasiatiques, les contraintes géopolitiques et les usages intérieurs du panturquisme (III).
I. Fondements historiques, idéologiques et diplomatiques de la présence turque en Asie centrale (1991-2000)
I.1. Les héritages intellectuels du panturquisme et leur réactivation après 1991
L’idéologie panturquiste prend forme dans les dernières décennies de l’Empire ottoman. Les travaux d’İsmail Gaspıralı posent dès les années 1880 les fondements d’une doctrine tournée vers l’unification culturelle des peuples turcs à travers la devise devenue canonique ‘‘Dilde, fikirde, işte birlik[2]’’. Cette première formulation, essentiellement culturelle et linguistique, inspire des auteurs comme Yusuf Akçura et Ziya Gökalp, qui lui donnent une dimension politique au début du XXème siècle. L’idée d’un « vaste monde turc » allant des Balkans au Xinjiang s’enracine alors dans les débats ottomans sur la réforme de l’État et la place des identités non ottomanes.
Durant l’entre-deux-guerres, le panturquisme décline fortement. Mustafa Kemal, dans la construction de la République, circonscrit la nation turque à l’espace anatolien, privilégiant un nationalisme civique et laïque qui marginalise le panturquisme[3]. La chute de l’URSS en 1991 constitue un tournant décisif. Les républiques turcophones d’Asie centrale recouvrent leur souveraineté, et la Turquie apparaît comme l’un des premiers États à reconnaître leur indépendance. Selon Punsmann, cet espace postsoviétique devient alors, dans le discours public turc, une « vaste aire turque » redécouverte après des décennies de fermeture soviétique[4]. Entre 1991 et 1993, Ankara multiplie les initiatives symboliques et diplomatiques sommets, projets d’alphabet commun, intensification des programmes d’éducation et de coopération culturelle. La rhétorique politique reprend alors l’image d’un espace allant « de la muraille de Chine à l’Adriatique », formule utilisée par Turgut Özal et Süleyman Demirel.
Cette phase initiale correspond à une véritable « renaissance du panturquisme » fondée sur un discours émotionnel plus que sur des capacités d’action concrètes. Les autorités turques imaginent alors un rôle de « frère aîné »[5] auprès des nouvelles républiques.
I.2. De la rhétorique panturquiste à la construction d’un référentiel diplomatique : institutions, sommets et discours
L’effervescence panturquiste du début des années 1990 se traduit rapidement par la mise en place d’un ensemble d’institutions et d’initiatives censées donner une forme concrète à l’idée de « monde turc ». Dès 1992, la Turquie organise le premier Sommet des dirigeants des pays turcophones, événement fondateur qui constitue un moment d’« effervescence turque » où se croisent ambitions symboliques et attentes contradictoires des nouvelles républiques d’Asie centrale. Ces sommets (Ankara 1992 puis Istanbul 1994) entendent poser les bases d’une coopération politique, culturelle et, à terme, économique entre États turcophones. Cette dynamique est soutenue par le ministère turc des Affaires étrangères, dont la section türk dünyası (monde turc) regroupe alors, comme le souligne Balcı, plusieurs hauts fonctionnaires explicitement acquis aux thèses turquistes[6].
L’un des axes principaux de ce moment institutionnel concerne la langue. Ankara promeut dès 1991-1992 l’idée d’un alphabet commun pour les langues turques, censé renforcer la cohésion symbolique du monde turcique. Une conférence des ministres de l’Éducation turcophones se réunit à Ankara en mai 1992, puis à Bichkek en septembre de la même année. Le projet débouche, sous l’impulsion du Türk Dil Kurumu et de TÜRKSOY, sur une proposition d’alphabet latin commun de 34 lettres. Toutefois, les résultats demeurent contrastés : seuls l’Azerbaïdjan, les Tatars de Crimée et les Karakalpaks adoptent une version proche de l’« alphabet panturc » ; le Turkménistan et l’Ouzbékistan élaborent quant à eux des transcriptions latines autonomes. Cette pluralité illustre la difficulté d’imposer un standard linguistique unique à des États soucieux de marquer leur souveraineté nouvelle[7].
Parallèlement, Ankara renforce ses outils de coopération culturelle. En 1992 est créée la TİKA (Türk İşbirliği ve Kalkınma Ajansı), agence de coopération turque chargée de centraliser et de coordonner les programmes turcs en Asie centrale. Elle est conçue dès son origine comme un instrument stratégique pour structurer la présence turque dans l’espace postsoviétique. Elle finance rapidement un vaste programme de bourses, permettant à quelque 10 000 étudiants originaires d’ex-URSS d’étudier en Turquie. De même, le ministère de la Culture turc contribue à la création de TÜRKSOY (1993), organisation culturelle commune rassemblant Turquie, Azerbaïdjan, Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan et Turkménistan, avec pour objectif affiché de devenir une sorte « d’UNESCO du monde turc ». Malgré l’ambition initiale, l’efficacité réelle de TÜRKSOY reste limitée : son activité se concentre sur des publications culturelles et des événements symboliques, sans réelle capacité opérationnelle[8].
I.3. Le rôle structurant des acteurs culturels, éducatifs et religieux : fondations, écoles, réseaux confrériques
La présence turque en Asie centrale dans les années 1990 ne peut être comprise sans intégrer l’action combinée d’acteurs non étatiques, fondations éducatives, réseaux religieux et institutions culturelles. Ces acteurs prolongent l’effort initial de l’État turc, tout en façonnant un écosystème d’influence qui s’enracine durablement dans les sociétés centrasiatiques.
Le réseau Gülen et les écoles islamiques
Les réseaux éducatifs turcs constituent le premier pilier de cette présence. Dès 1991-1992, le mouvement religieux islamique de Fethullah Gülen se positionne comme un acteur majeur de l’ouverture post-soviétique. Déjà puissant en Turquie au moment de l’effondrement de l’URSS, Gülen se spécialise très tôt dans la création et la gestion d’établissements éducatifs, ce qui facilite son implantation rapide dans toutes les républiques turcophones[9]. En 1997-1998, le réseau Nurcu de Gülen administre ainsi 74 établissements dans les quatre républiques turcophones (Ouzbékistan, Kazakhstan, Kirghizstan, Turkménistan), accueillant plus de 15 000 élèves sous la supervision de personnels turcs. L’enseignement en turc, les internats obligatoires, les séjours linguistiques en Turquie et l’accès privilégié aux universités turques produisent une génération d’élites centrasiatiques familiarisées avec la langue et les codes culturels turcs (annexe 1).
Cette dynamique éducative n’est pas limitée au seul mouvement Gülen. Les documents attestent également du rôle des fondations privées turques, telles que la Turan Yazgan Türk Dünyası Araştırmaları Vakfı, engagée dans des activités éducatives séculières et panturciques. Leur présence complète l’action des institutions publiques turques, notamment les centres d’enseignement du turc installés dans toutes les capitales centrasiatiques dès les années 1990, à l’exception de Tachkent. De même, deux universités bilatérales prestigieuses, l’université turco-kazakhe Hoca Ahmed Yesevi (1993) et l’université turco-kirghize Manas (1995), deviennent des vecteurs durables de formation et d’influence[10].
Les confréries et l’Islam turc
L’action religieuse turque constitue le second pilier. Dès 1994, la Turquie participe à la création du Conseil religieux eurasiatique, destiné à promouvoir un dialogue sur le rôle de l’islam dans les sociétés postsoviétiques. La Diyanet et sa fondation jouent un rôle central dans la construction ou la restauration de mosquées, dans la formation de cadres religieux et dans la diffusion de publications islamiques traduites depuis le turc. Cette présence religieuse accompagne l’idée d’une capacité de la Turquie à diffuser en Asie centrale une « variante turque de l’islam » compatible avec les structures étatiques. La proximité doctrinale entre l’islam sunnite d’Asie centrale et la tradition anatolienne, marquée par le mysticisme et le culte des saints, facilite cette réception[11].
Ainsi, l’action combinée des réseaux éducatifs, religieux et culturels crée un maillage dense qui dépasse largement les capacités de la seule diplomatie officielle. Les années 1990 apparaissent comme une période de mise en place de leviers d’influence durables : formation d’élites, diffusion de normes religieuses turques, construction d’un espace culturel partagé. Ces dynamiques structurantes préparent la transition vers une politique plus stratégiquement articulée dans les années 2000, où ces outils deviendront les fondements d’un soft power turc plus systématisé.
II. L’adaptation à la realpolitik et les réussites du partenariat turco-centrasiatique (2000-2025)
II.1. L’Asie centrale comme pivot géoéconomique : énergie, corridors et connectivité – quelle place pour la Turquie ?
Depuis les années 2000, l’Asie centrale s’impose progressivement comme un espace structurant de la géoéconomie turque. La région offre à Ankara la possibilité de s’insérer dans les nouvelles routes énergétiques et commerciales eurasiatiques. Cette orientation s’inscrit dans la continuité du glissement observé dès la seconde moitié des années 1990, lorsque les élites turques abandonnent les ambitions panturquistes initiales pour adopter une approche résolument pragmatique, centrée sur les échanges et les infrastructures.
L’Asie centrale au cœur des convoitises et possibilités
L’Azerbaïdjan occupe une place déterminante dans cette dynamique. Avec la mise en service de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) en 2005, il devient le pont stratégique permettant à la Turquie de relier la Caspienne aux marchés occidentaux. L’ouverture ultérieure du gazoduc TANAP (2018) consolide cette position en faisant de l’axe Azerbaïdjan-Turquie l’un des corridors énergétiques les plus significatifs contournant la Russie.
La stratégie du Middle Corridor (Orta Koridor, annexe 2) qui vise à relier la Turquie à la Chine via le Caucase et l’Asie centrale acquiert une importance accrue à partir de 2022, lorsque la guerre en Ukraine fragilise les itinéraires reliant l’Europe au Kazakhstan via la Russie[12]. Le Middle Corridor devient alors une alternative crédible aux routes septentrionales traditionnelles, permettant d’éviter l’espace russe et de réduire la dépendance vis-à-vis des infrastructures chinoises. Pour les États centrasiatiques, cette diversification constitue une avancée majeure : l’Ouzbékistan comme le Kazakhstan y trouvent un moyen d’élargir leurs débouchés économiques tout en consolidant une autonomie stratégique vis-à-vis de Moscou[13].
La place de la Turquie
La Turquie s’efforce ainsi de se positionner comme un acteur logistique incontournable, capable d’articuler coopération énergétique, investissements en infrastructures et facilitation commerciale. L’expérience centrasiatique a permis à Ankara d’intégrer, dès les années 2000, des outils de soft power tels que les accords commerciaux, les zones franches et les partenariats de transport dans une stratégie plus large de projection régionale. Cette montée en gamme géoéconomique s’accompagne d’une perception renouvelée de la Turquie par les États de la région, perçue non plus seulement comme une puissance culturelle ou historique mais comme un partenaire fiable pour la modernisation de leurs infrastructures et la diversification de leurs connexions extérieures.
Parallèlement, la connectivité numérique et logistique se renforce à travers les projets ferroviaires transcaspiens, le développement des infrastructures portuaires au Kazakhstan et au Turkménistan, et la multiplication d’accords douaniers visant à fluidifier le transit régional. Levystone montre que la guerre en Ukraine agit comme un « multiplicateur » de ces dynamiques, en accélérant la convergence d’intérêts entre Ankara et les capitales centrasiatiques[14]. Toutefois, ce renforcement du rôle turc ne signifie pas l’émergence d’un leadership régional hégémonique : les États centrasiatiques continuent de pratiquer des stratégies multivectorielles et évitent de dépendre d’un seul partenaire, y compris de la Turquie.
La Turquie s’insère dans cette dynamique non pas en remplacement de Moscou, mais comme puissance « additionnelle », crédible politiquement et présente militairement dans l’environnement post-soviétique, notamment après la victoire azerbaïdjanaise dans la guerre du Haut-Karabakh en 2020 où l’appui militaire turc, y compris via les drones Bayraktar TB2 a symboliquement renforcé son statut d’acteur opérationnel[15].
Cette séquence renforce son attractivité en Asie centrale, d’autant que les États de la région cherchent à éviter une dépendance excessive à l’égard de Moscou. Le Kazakhstan, par exemple, multiplie depuis 2022 les consultations politiques de haut niveau avec Ankara et accélère la coopération dans les domaines militaire et logistique. Cette diversification s’inscrit dans une tendance lourde : la volonté des États centrasiatiques de multiplier les partenaires afin de préserver leur souveraineté.
La Turquie occupe une position particulière : elle n’est pas une puissance frontalière de l’Asie centrale, n’a pas exercé de domination coloniale, et ne possède pas l’ambition, ni les capacités, d’imposer un ordre régional. Cette absence de prétention hégémonique constitue un atout majeur car elle permet à la Turquie d’être perçue comme une puissance « acceptable », susceptible d’apporter des bénéfices économiques, culturels ou sécuritaires sans menace sur la souveraineté[16].
II.2. La consolidation politique et symbolique : OET, ouverture européenne et diplomatie culturelle renouvelée
La création en 2009 du Conseil de coopération des États turcophones marque une première étape dans l’institutionnalisation de la coopération interturcique. Mais c’est surtout la transformation de cette structure en Organisation des États turciques (OET), à l’occasion du sommet d’Istanbul de novembre 2021, qui signale une montée en gamme politique du dispositif. Cette réforme intervient dans un contexte où les États d’Asie centrale cherchent à diversifier leurs partenariats et à profiter de la relative érosion de l’influence russe depuis 2014, puis plus encore depuis 2022. L’OET formalise ainsi un ensemble d’initiatives – coopération économique, connectivité, transport, éducation, sécurité non militaire – tout en maintenant un périmètre prudent, conforme aux sensibilités centrasiatiques face à toute logique intégrative trop prescriptive.
Un développement notable est l’intégration de la Hongrie comme membre observateur en 2018. Ce choix, qui peut sembler paradoxal pour un État non turcophone, s’explique par une convergence d’intérêts : Viktor Orbán revendique un héritage historique supposément lié aux peuples turciques et développe une politique d’ouverture vers l’Est. Cette présence européenne dans l’OET a une portée symbolique forte. Elle confère à l’organisation une dimension extra-eurasienne et renforce sa visibilité internationale, tout en signalant que la coopération turcique ne se réduit pas à une géographie strictement linguistique. Pour Ankara, c’est une manière non seulement d’élargir son réseau d’alliances.
Enfin, l’ensemble de ces initiatives contribue à renforcer la dimension symbolique du référentiel turcique. L’OET, la présence hongroise, la recomposition du champ éducatif et l’activisme religieux participent d’une même dynamique : stabiliser les instruments qui permettent à la Turquie d’articuler identité, diplomatie et projection de puissance. Pour autant, cette consolidation demeure prudente et largement conditionnée par l’acceptation centrasiatique, qui continue de rejeter toute forme de leadership turc trop affirmé. C’est donc un équilibre subtil qui se construit, entre ambition identitaire turque et vigilance souverainiste des États de la région.
III. Les limites, contradictions et perspectives de la stratégie turque en Asie centrale
III.1. Une diplomatie partiellement contrainte par les réalités politiques internes en Turquie
L’évolution de la politique turque en Asie centrale depuis les années 2000 ne peut être comprise sans tenir compte des transformations internes du champ politique turc. En effet, la trajectoire de l’AKP, la redéfinition du rapport de la Turquie à l’Occident et la recomposition du paysage institutionnel national ont directement influencé la manière dont Ankara mobilise, réinterprète ou au contraire tempère les références à la turcité dans sa diplomatie.
L’échec de l’Ouest, solution vers l’Est
L’un des premiers éléments structurants réside dans la volonté, formulée dès les années 2000, d’inscrire la politique étrangère dans un récit national renouvelé. Le blocage du processus d’adhésion à l’Union européenne, combiné aux évolutions régionales post-2010, a eu pour effet de renforcer l’intérêt turc pour les espaces eurasiens. La politique centrasiatique s’inscrit ainsi dans un mouvement plus large de diversification diplomatique, sans pour autant constituer une rupture radicale : elle apparaît comme une réponse pragmatique à l’incertitude stratégique croissante, en particulier après 2016. Le tournant « eurasiste » observé dans les discours politiques et certains segments de l’appareil d’État ne doit cependant pas être interprété comme une translation idéologique totale, mais plutôt comme l’activation d’un registre alternatif de légitimation dans un contexte de tensions récurrentes avec les partenaires euro-atlantiques[17].
L’économie turque dictant la diplomatie
Un autre facteur réside dans les impératifs économiques intérieurs. La politique a toujours été étroitement liée à des considérations économiques, qu’il s’agisse de l’accès à de nouveaux marchés, de l’ouverture de routes énergétiques ou du développement d’un environnement favorable aux entreprises turques. Dans les années 2010-2020, cette dimension s’intensifie sous l’effet de la dégradation de la conjoncture intérieure. La Turquie, confrontée à une instabilité macroéconomique durable, se tourne vers l’Asie centrale non seulement pour des raisons de prestige ou d’influence, mais également pour obtenir des relais de commerce, d’investissement et de coopération logistique. Cette dynamique contribue à expliquer les arbitrages prudents, notamment vis-à-vis de la Chine : ainsi que le souligne Levystone, Pékin apparaît comme un partenaire indispensable dans plusieurs secteurs, ce qui conduit Ankara à calibrer son discours identitaire et à éviter les confrontations frontales.
Ces contraintes internes n’entravent pas la projection turque, mais elles en déterminent les marges de manœuvre. Elles éclairent également les ambivalences de la politique turque vis-à-vis des enjeux sensibles, tels que la question ouïghoure, où les considérations économiques et diplomatiques internes priment fréquemment sur les affinités identitaires. La politique centrasiatique constitue ainsi un espace où se rencontrent des impératifs internes (stabilité, croissance, légitimation politique) et des ambitions externes (visibilité, influence, diversification), dans un équilibre qui reste mouvant et dépendant des évolutions du contexte domestique.
III.2. Les calculs stratégiques des États centrasiatiques : diversification et prudence de la Turquie face à la Chine
L’un des traits les plus marquants de la diplomatie centrasiatique contemporaine est la capacité des cinq républiques à adopter des stratégies dites multivectorielles, guidées par une maximisation de l’autonomie stratégique plutôt que par une adhésion idéologique à un quelconque projet pan-national. Cette logique, déjà visible dès les années 1990, s’est nettement affirmée depuis la décennie 2010, en particulier au Kazakhstan et en Ouzbékistan¹. Ces Etats conçoivent leurs relations avec la Turquie comme un instrument permettant d’« élargir leur marge de manœuvre » dans un environnement dominé par la Russie et la Chine. Dans cette perspective, Ankara apparaît moins comme un « grand frère » que comme un partenaire utile et non menaçant.
Les priorités nationales des Etats centrasiatiques
Le Kazakhstan, depuis Noursoultan Nazarbaïev puis sous Kassym-Jomart Tokaïev, demeure l’architecte le plus accompli de cette stratégie. Astana valorise la relation avec Ankara dans le cadre d’un schéma triangulaire dans lequel la Turquie sert de contrepoids limité à Moscou sans remettre en cause les ancrages structurels du pays dans l’Union économique eurasiatique (UEEA) et l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC). L’Ouzbékistan de Chavkat Mirzioïev, engagé depuis 2016 dans une politique d’ouverture, accorde également un rôle renforcé à la Turquie, particulièrement dans les domaines économique, éducatif et sécuritaire. Cette coopération renouvelée répond à des intérêts pragmatiques : attirer les investissements, moderniser l’administration publique, diversifier les flux commerciaux, consolider la sécurité frontalière avec l’Afghanistan.
Dans les deux cas, la Turquie devient un partenaire « global mais non intrusif », pouvant fournir technologie, infrastructures, formation, sans exiger, contrairement à la Russie ou à la Chine, un alignement politique systématique. Cette caractéristique constitue le principal atout d’Ankara, mais en révèle aussi les limites : son influence dépend moins de son agenda que des calculs des États centrasiatiques eux-mêmes.
2016 et l’affaiblissement des établissements
La consolidation politique de l’ensemble turcique va de pair avec une reconfiguration de l’influence culturelle, notamment après la rupture entre le gouvernement turc et le mouvement Gülen en 2016. Jusqu’alors, les écoles gülenistes constituaient l’un des principaux instruments d’influence turque en Asie centrale, en particulier au Kazakhstan, au Kirghizstan et au Tadjikistan. Leur mise sous contrôle, puis leur fermeture progressive, ont obligé Ankara à reconstruire son dispositif éducatif. La Fondation Maarif, créée en 2016 pour reprendre et remplacer ces réseaux, devient ainsi un acteur central. Cette institutionnalisation renforce la présence directe de l’État turc dans un domaine autrefois dominé par des acteurs privés ou semi-étatiques. Les États centrasiatiques, soucieux d’éviter tout risque de déstabilisation interne associé au mouvement Gülen, ont globalement facilité ce transfert, même si la transition a été plus lente dans certains pays comme le Kirghizstan.
La question ouïghoure
Cette instrumentalisation de la Turquie se manifeste aussi dans le jeu avec la Chine. Les capitales centrasiatiques utilisent la Turquie comme une alternative symbolique, notamment sur la question ouïghoure, tout en maintenant leurs relations étroites avec Pékin, indispensable à leurs économies. Après une période de dénonciation publique dans les années 2009-2010, Ankara s’est progressivement alignée sur les attentes chinoises : contrôle accru des mobilisations ouïghoures sur son territoire, coopération policière, et discours minimisant la répression au Xinjiang. Cette évolution tient à la dépendance économique croissante envers la Chine et à l’importance stratégique du corridor centre-asiatique pour les projets de connectivité turcs. Elle révèle la primauté des impératifs diplomatiques sur les solidarités identitaires[18] alors même que la défense de la minorité turcophone ouïghoure représente un enjeu de cohérence pour la Turquie, censée incarner la solidarité du « monde turc ». Ainsi, les qualificatifs tels que « quasi-génocide » utilisés par Recep Tayyip Erdoğan sont remplacés par la publication d’une déclaration officielle qualifiant la politique chinoise de « honte pour l’humanité », perdant en crédibilité et en force de dénonciation. Aussi, à l’été 2019 le pouvoir turc a décidé de renvoyer des milliers de migrants clandestins[19].
En définitive, loin d’être les destinataires passifs d’un projet turc, les États centrasiatiques apparaissent comme les véritables maîtres du jeu. Ils utilisent Ankara pour accroître leur marge stratégique, tout en évitant tout alignement idéologique. La Turquie bénéficie certes d’une visibilité accrue dans la région, mais son influence reste conditionnée par la capacité des pays centrasiatiques à maintenir leur équilibre entre Moscou, Pékin et Ankara. Cette réalité nuance fortement toute lecture téléologique d’un « retour » turc en Asie centrale : ce sont les États de la région, plus que la Turquie, qui déterminent le rythme et la portée de la coopération turcique.
III.3. Une nouvelle place pour la Turquie sur la scène internationale ?
La mobilisation des Etats turciques pour Gaza
Depuis 2023-2024, la politique étrangère de la Turquie connaît une inflexion qui ne peut être comprise qu’en l’inscrivant dans une recomposition plus large de son positionnement international. Dans le contexte du conflit à Gaza, Ankara s’est affirmée parmi les acteurs musulman les plus vocaux en dénonçant la politique israélienne, allant jusqu’à qualifier les opérations militaires dans la bande de Gaza de « crimes de guerre » et en appelant à une « coalition globale pour la paix » selon les termes employés par le président Erdoğan. Cette posture lui permet de se présenter comme le champion du « monde musulman » face à l’inaction des puissances arabes traditionnelles et à la perte de crédibilité des acteurs occidentaux dans la région. La Turquie mobilise ainsi son capital symbolique pour réaffirmer son autonomie stratégique vis-à-vis de Washington et de Bruxelles, dans un contexte où les tensions avec Israël lui offrent une visibilité diplomatique renouvelée au Moyen-Orient. Le ministre des Affaires étrangères turc, Hakan Fidan, a donc ainsi appelé toutes les nations turciques à l’unité, pour dénoncer les « atrocités israéliennes » dans la bande de Gaza[20].
La Turquie et l’Azerbaïdjan
L’implication turc de la Turquie dans le Haut-Karabagh en soutien à l’Azerbaïdjan s’inscrit dans le panturquisme. Le président Erdogan a multiplié les déclarations de soutien à son « frère » azerbaïdjanais au nom du principe « deux Etats, une nation » (“Bir millet, iki devlet’’). Ainsi, la Turquie se présente comme une puissance régionale par le biais de son secteur militaire, notamment ses drones[21].
Cette stratégie n’est pas sans lien avec son positionnement en Asie. La Turquie joue un rôle actif dans les discussions régionales concernant l’Afghanistan également, notamment via le Processus d’Istanbul ; mais surtout la TIKA, présente à Kaboul, Hérat et Mazar-e-Charif, qui fournit une aide humanitaire tout en assurant la sécurité de l’aéroport international de Kaboul et en menant des projets d’infrastructures, dont un barrage hydro-électrique dans la province de Helmand. Même si la Turquie ne participe ni au Format de Moscou ni à l’Organisation de coopération de Shanghai, elle demeure un acteur actif en Afghanistan et sert même, du fait de son appartenance à l’OTAN, de « courroie de transmission » entre les talibans et les États-Unis dans un contexte de fortes tensions entre Washington et les puissances régionales. Cette capacité d’intermédiation donne à Ankara une valeur ajoutée spécifique que les républiques centrasiatiques regardent avec attention.
Enfin, Levystone rappelle une limite structurelle : malgré ces avancées, la Turquie n’est pas encore perçue par les élites régionales comme un fournisseur de sécurité équivalent à la Russie. L’appel de Tokaïev à l’OTSC pour rétablir l’ordre lors des émeutes de janvier 2022 illustre cette persistance du réflexe sécuritaire pro-russe. Toutefois, la montée en puissance turque, combinée à l’affaiblissement relatif de Moscou et à la méfiance croissante des Centrasiatiques vis-à-vis de la Russie, ouvre un espace inédit où Ankara peut progressivement s’imposer comme un partenaire sécuritaire de second cercle, mais de plus en plus incontournable.
Conclusion
La trajectoire de la politique turque en Asie centrale, telle qu’elle se dessine depuis les indépendances de 1991 jusqu’aux recompositions consécutives à la guerre en Ukraine, apparaît ainsi comme le produit d’un enchevêtrement d’héritages idéologiques, de dispositifs d’influence et de contraintes géopolitiques. Dans un premier temps, la mobilisation du panturquisme et de la référence à une « aire turque » a permis à Ankara de donner un cadre symbolique à sa redécouverte de l’Asie centrale, en s’appuyant sur un ensemble d’instruments culturels, éducatifs et religieux (réseaux scolaires, fondations, Diyanet, universités bilatérales). Cette phase n’a toutefois pas débouché sur un projet d’unification politique : elle a plutôt posé les bases d’un soft power turc structuré autour de la formation des élites, de la diffusion de la langue et de l’islam turc, et d’une présence institutionnelle modeste mais durable.
À partir des années 2000, puis plus nettement dans la décennie 2010, la Turquie a progressivement réinscrit cette matrice identitaire dans une stratégie de puissance davantage assumée. La montée en puissance des corridors énergétiques et logistiques (BTC, TANAP, Orta koridor), l’institutionnalisation de la coopération turcique via l’OET, le rôle joué dans la victoire azerbaïdjanaise au Haut-Karabakh ou encore l’engagement en Afghanistan ont renforcé la visibilité d’Ankara comme acteur géoéconomique et sécuritaire de second rang en Asie centrale. Dans le même temps, la diplomatie turque a cherché à capitaliser sur son positionnement dans d’autres crises régionales – en particulier Gaza – pour se présenter comme une puissance musulmane autonome, capable de combiner registre identitaire et projection militaire. L’articulation entre ces différents espaces (Caucase, Moyen-Orient, Asie centrale) a contribué à forger l’image d’une Turquie « pivot eurasien », jouant des rivalités entre Moscou, Pékin, Washington et les capitales centrasiatiques.
Cependant, l’examen des limites et contradictions de cette stratégie invite à relativiser l’idée d’un leadership turc consolidé en Asie centrale. D’une part, le panturquisme contemporain ne se manifeste plus comme un projet politique structurant, mais comme un référentiel discursif flexible, activé ou mis en retrait en fonction des impératifs économiques et diplomatiques – comme l’illustre l’attitude d’Ankara vis-à-vis de la question ouïghoure ou la prudence affichée à l’égard de la Chine. D’autre part, les États centrasiatiques demeurent les véritables maîtres du jeu : en pratiquant des politiques multivectorielles, ils utilisent la Turquie comme un partenaire utile, parfois comme contrepoids symbolique à la Russie et à la Chine, mais refusent toute forme de tutelle et continuent de considérer Moscou comme le principal fournisseur de sécurité. Quant aux contraintes internes de la Turquie (fragilités économiques, usage interne du registre eurasiste, recompositions autoritaires), elles limitent sa capacité à transformer capital symbolique et succès ponctuels en hégémonie durable.
Au terme de cette analyse, il apparaît que la Turquie mobilise bien la référence à l’identité turcique comme un instrument de sa politique en Asie centrale, mais dans un cadre où la realpolitik l’emporte sur les solidarités idéologiques. Loin d’annoncer l’avènement d’un « monde turc » politiquement intégré, le panturquisme fonctionne comme une grammaire d’influence permettant à Ankara de se positionner dans un environnement eurasiatique de plus en plus concurrentiel, sans remettre en cause l’autonomie stratégique des régimes centrasiatiques. La Turquie se dessine ainsi moins comme une puissance dominante que comme un acteur intermédiaire, capable de saisir les opportunités ouvertes par la crise de l’ordre russo-centré, mais dont la place future dépendra autant de ses propres choix internes que des arbitrages, toujours prudents, des États d’Asie centrale.
En définitive, le panturquisme contemporain apparaît comme un instrument discursif polyvalent mais limité dans ses effets concrets. Il facilite la mise en scène d’une communauté turcique élargie, mais demeure subordonné aux logiques de puissance, aux impératifs économiques et aux stratégies propres des États centrasiatiques. Cette ambivalence structurelle explique que la Turquie se soit imposée comme un acteur important dans la région, sans toutefois parvenir à transformer la solidarité turcique en projet politique unifié.
[1] Burcu Gültekin‑Punsmann, « Les perceptions du monde postsoviétique en Turquie », Anatoli, vol. 2, 2011, [En ligne], p.293-310.
[2] (« Unité dans la langue, dans les idées, au travail » travail est à comprendre au sens des projets communs).
[3] Bayram Balcı, Ahmet Salı Bıçakçı, « Panturquisme : vie et mort d’une idéologie », dans : La Turquie en Asie centrale, IFEA, 2001. p.15-22.
[4] Op. cit. Gültekin‑Punsmann, p.293.
[5] Ibid. p.306.
[6] Bertrand Buchwalter, « Les sommets de 1992 et de 1994 », dans : La Turquie en Asie centrale (1991-2000), Istanbul, IFEA, 2001, p. 23-27.
[7] Op. cit. Balcı, p. 304.
[8] Bayram Balcı, « TIKA : une agence turque de coopération et de développement en Asie centrale », dans : La Turquie en Asie centrale, 2001, p. 93.
[9] Op. cit. Balcı. p. 310.
[10] Hayriye Kahveci, Işık Kuşçu Bonnenfant. “Turkish Foreign Policy Towards Central Asia: An Unfolding of Regionalism and Soft Power”. All Azimuth: A Journal of Foreign Policy and Peace, n°2, 2023, [en ligne]. p. 214.
[11] Op. cit. Burcu Gültekin‑Punsmann, p. 297-299.
[12] Michaël Levystone, « Outils, perspectives et limites du partenariat turco-centrasiatique », Confluences Méditerranée, 2023/1 n°124, p. 117-119.
[13] Ibid. p.120-122.
[14] Ibid. p.123-124.
[15] Ibid. p.121.
[16] Op. cit. Kahveci, Bonnenfant, p. 196-200.
[17] Op. cit. Levystone, p.118
[18] Human Rights Watch, “Protected No More, Uyghurs in Türkiye”, 2025, [en ligne].
[19] Bayram Balcı, « L’embarras de la Turquie face au drame ouïghour », Orient XXI, 2019, [en ligne].
[20] Jean David Mihamle, « Le MAE turc plaide pour une unité des États turciques contre les “abus” d’Israël à Gaza », TRT, 2024, [en ligne].
[21] Manyl Abbas-Terki, Yahia Adnassy, Marguerite Metral, Alp Turgut, « Le Haut-Karabagh au cœur du conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan », Entre les lignes, 2025, [en ligne].
annexes disponibles dans le PDF téléchargeable ci-dessus



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